“Il faut défendre la cause des minorités dans le monde”

Vendredi 17 novembre avait lieu à la Maison Internationale de Rennes (MIR) le vernissage d’une exposition de photos proposée par Carmen Le Bris, voyageuse de 19 ans, après son périple de deux mois en Malawi et en Tanzanie cet été. Rencontre avec la jeune aventurière.

 

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Carmen, où t’es-tu rendue cet été ?

Je suis partie deux mois en Tanzanie et au Malawi, qui se situent en Afrique de l’Est. Après avoir passé quelques jours à Dar es Salaam, la capitale de la Tanzanie, sur la côte de l’Océan Indien, j’ai séjourné trois semaines dans les terres au Malawi. Puis je suis retournée en Tanzanie, notamment sur l’île de Zanzibar où j’ai passé dix jours.

 

Voyager grâce à la fondation Zellidja, comme tu l’as fait, qu’est-ce que ça apporte concrètement ?

Évidemment, l’aspect financier est important puisque le montant des bourses peut s’élever jusqu’à 900 euros pour un premier voyage et 1100 euros pour un second voyage, ce n’est pas négligeable. Et à côté, Zellidja c’est aussi toute une communauté, avec des week-end qui sont organisés, ou encore la fameuse cérémonie de remises des prix qui a lieu chaque année fin juin à Paris, afin de récompenser les meilleurs carnets de voyage. La grande particularité de Zellidja c’est qu’il faut choisir un sujet d’étude qui nous intéresse, ce qui nous force une fois sur place à être vraiment au contact des populations locales. Au retour de voyage, les boursiers doivent rendre un journal de route ainsi qu’un rapport d’enquête à Zellidja, et tout cela forme des beaux souvenirs que l’on gardera précieusement toute notre vie.

 

La bourse Zellidja dont tu as bénéficié implique de choisir un thème, qu’avais-tu choisi ?

J’ai étudié le rapport entre la nature et la culture chez les peuples, je souhaitais m’interroger sur la manière dont est représentée la nature dans les arts traditionnels, et le rapport avec le mode de vie. Je me suis vite aperçue de la grande variété des représentations de la nature. Par exemple, dans les chants et la danse, les peuples que j’ai rencontrés parlaient beaucoup des animaux. Ça peut apparaître aussi dans la vie quotidienne, le fait qu’ils utilisent leur environnement naturel pour faire leurs cases, pour cuisiner, ou bien encore dans la pratique de leurs croyances, chez les Massaï par exemple.

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Que ce soit lors de ton voyage au Ladakh en Inde l’année dernière ou chez les Massaï cette fois-ci, ce sont des sociétés vraiment différentes de nos sociétés occidentales. Qu’est-ce qui t’a le plus marquée ?

Chez les nomades, c’était le fait qu’ils soient extrêmement soudés entre eux. C’était une petite communauté éloignée de la ville mais aussi du capitalisme et de la mondialisation, ou tout simplement d’internet ou de l’électricité. Pour survivre dans leur environnement, il fallait qu’ils soient soudés. L’absence du système de propriété privée m’a beaucoup surprise. L’esprit de partage et l’entraide au quotidien ont été une expérience incroyable. Par exemple, la voisine venait à la traite des chèvres le soir dans l’enclos pour aider, et ensuite vice-versa, nous allions l’aider. Et chez les Massaï, ce sont plus leurs danses qui m’ont impressionnée. Les Moran, c’est-à-dire les hommes Massaï qui ont entre 18 et 30 ans, les jeunes guerriers en fait, faisaient des danses assez spéciales la nuit, au clair de lune, dans la brousse, et j’ai eu la chance d’y assister quand ils m’ont accueillie. C’était la première fois qu’ils accueillaient une blanche dans le village, et pour certains c’était aussi la première fois qu’ils voyaient une blanche.

 

On dirait que tu as vécu en véritable immersion chez ces peuples. Peux-tu nous parler un peu de leurs traditions ?

Lorsque j’étais chez les Massaï, j’ai assisté à la cérémonie de guérison de Évelin, la sœur de Mama Taïfa, la femme qui m’hébergeait. La jeune femme de 25 ans avait des migraines depuis un bon bout de temps et ils l’avaient emmenée à l’hôpital, ils lui avaient donné des médicaments, mais rien à faire. Et donc lors de la cérémonie les Moran étaient en cercle dans l’enclos des vaches, et elle était assise sur un tapis de vache au milieu, elle faisait un peu la tête. Les Moran ont bu du lait, chacun son tour, et puis tout à coup ils lui ont craché le lait et les plantes à la figure. Les jours suivants, il paraît qu’elle avait retrouvé la forme.

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Quels sont tes prochains projets  ?

J’aimerais beaucoup partir en Mongolie, aller faire du poney chez les nomades, dans les yourtes. Et en tant que minorité bretonne, j’ai été invitée pour parler de l’égalité des langues, et des jeunes à travers les minorités au forum de l’ONU à Genève qui a eu lieu le 30 novembre dernier. Même si j’ai encore peu d’expérience en la matière, le fait d’avoir pu observer d’autres minorités, ça m’a permis de découvrir comment elles sont traitées à travers le monde. Je pense qu’il y a beaucoup d’efforts à faire, notamment en Guyane française où mes parents ont vécu, face à un État français jacobin dont les décisions sont beaucoup trop centralisées. Je crois qu’il est plus que jamais important de défendre la cause des minorités dans le monde.

 

Melena Helias

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