Les démons du football italien

Samedi 18 novembre a lieu le derby romain entre l’AS Rome et la Lazio Rome. Une affiche qui pourrait être hantée par les récents débordements antisémites de quelques supporters laziales. L’occasion de revenir sur un phénomène qui ternit l’image du football italien. 

« Trop d’étrangers sur le terrain, des équipes de jeunes à la Série A. Voilà le résultat. #StopInvasion ». Voici le tweet de Matteo Salvini, leader du parti d’extrême droite Ligue du Nord après l’élimination de l’Italie lundi. Un commentateur de la Rai, radio italienne, a également tenu ce discours. Les deux hommes ont donc choisi les joueurs étrangers évoluant en Série A comme boucs émissaires. Une forme de racisme totalement assumée qui est tout sauf rare dans le football italien.

 

Des gestes trop fréquents

Tous les ans, des dérapages racistes et antisémites ont lieu dans les stades du championnat italien. Le dernier date du 22 octobre 2017 au Stadio Olimpico, qui accueille les deux équipes romaines. Chaque virage est attribué aux supporters d’une équipe, la Curva Sud est réservée aux supporters romains tandis que la Curva Nord accueille les supporters de la Lazio. Durant le match contre Cagliari, quelques laziales ont jugé bon de laisser des stickers d’Anne Frank portant le maillot de l’AS Rome dans la Curva Sud. Résultat : une nouvelle polémique dont le football italien se serait bien passé. En avril dernier Sulley Muntary a été expulsé après avoir réagi à des cris racistes. Dans un premier temps, la commission de discipline de la ligue italienne a jugé qu’il était inutile de lever sa suspension, retirée quelques jours plus tard. De nombreux joueurs ont subi le même sort dans le championnat italien. C’est le cas de Mario Balotelli et Kevin Prince Boateng, victimes de plusieurs cris et chants racistes durant leurs séjours en Série A. Balotelli a aussi été touché par ces gestes en équipe nationale.

 

Certaines personnalités du football sont aussi impliquées

Le problème est donc réel et s’étend au-delà des supporters. Deux cas majeurs sont à déplorer dans les hautes autorités du football italien. Carlos Tavecchio a eu des propos ambigus en 2014, sur les joueurs étrangers en Série A : « Et nous, on a des Opti Pogba qui, avant, mangeaient des bananes, puis qui deviennent tout d’un coup titulaires à la Lazio ». Le nom utilisé par Tavecchio est fictif mais ressemble fortement à celui de Paul Pogba. À l’époque, il a été suspendu 6 mois de toute fonction officielle auprès de l’UEFA. Aujourd’hui, il dirige la fédération italienne de football. Mais ce n’est pas son seul dérapage. Carlos Tavecchio a aussi eu des déclarations empruntes d’homophobie, de misogynie et d’antisémitisme.  Autre exemple en 2016, Silvio Berlusconi (ancien propriétaire de l’AC Milan) a tenu des propos racistes envers Mario Balotelli, l’un de ses propres joueurs. L’ancien président du Conseil italien jugeait que le joueur avait « passé trop de temps sous le soleil ».

 

Le football italien rongé par ces évènements

Le racisme et l’antisémitisme prennent une place trop importante dans le football italien. Et comment lutter contre ces événements lorsque le président de la ligue italienne a lui-même été au cœur de nombreuses polémiques ? Quant aux clubs, ils n’ont pas une grande marge de manœuvre et sont notamment gênés par leurs supporters ultras. Ces derniers ont parfois un rôle important dans la gestion de la billetterie : le président de la Juventus, Andréa Agnelli a été suspendu un an en septembre 2017. Il est accusé d’avoir vendu des blocs entiers de billets aux ultras turinois, alors qu’il ne devait pas en céder plus de quatre à la fois. Les sanctions (lorsqu’il y en a) sont trop faibles. Ce sont seulement des amendes ou des fermetures partielles de stade. Elles ne permettront pas d’enrayer ce phénomène et peuvent même multiplier les incidents. Lors du match contre Cagliari, les ultras de la Lazio se trouvaient dans la Curva Sud suite à la fermeture de leur tribune pour chants racistes quinze jours plus tôt,  les billets étaient disponibles pour la modeste somme d’un euro. De plus, le club laziale n’a pas été sanctionné après la diffusion des photos d’Anne Frank.

 

Le football italien mériterait d’être médiatisé pour le jeu pratiqué et ses joueurs de classe mondiale, et non pas pour des cas de racisme et d’antisémitisme qui entachent sa réputation. Ces débordements indignent le monde du football. Mais la situation reste inchangée en Italie tout comme en Europe de l’Est, où certains supporters n’hésitent pas à brandir des symboles néo-nazis dans les stades.

 

Camille Montagu

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