Nivek : du côté obscur du rap

Natif de Saint-Pierre-des-Corps, Nivek cultive son personnage sombre sur scène et dans ses textes. Même ses clips et mélodies aux atmosphères inquiétantes, traduisent une certaine anxiété.


Attablé dans un fast-food, un dimanche après-midi, par temps de pluie. Tout un symbole. Kévin Araujo, alias Nivek, se retrouvait souvent là-bas avec ses amis de Saint-Pierre-des-Corps dans son adolescence. « C’était le seul point de chute ouvert 24 heures sur 24 », se souvient le français d’origine portugaise, âgé de 29 ans, qui aimait « observer les gens pour combler l’ennui ». Dès la sixième, il écrivait dans la cour du collège pour s’occuper. Mais avant de s’égosiller sur des mélodies, il s’est d’abord éraflé les genoux en s’initiant au Parkour.

Clip officiel de Nivek extrait du projet Very Bad Tape Vol. 2 (2013)

Réservé en société, Nivek impressionne sur scène. Joue-t-il un rôle ou se dévoile-t-il ? « Ce sont des parts de moi, nuance le rappeur d’un ton calme et posé. On ne peut pas tricher sur ce qu’on écrit, cela nous ressemble toujours. » Son compère Juxebox qui enregistre, arrange et mixe ses projets depuis Paris, ajoute : « Chaque rime de Nivek est à écouter en profondeur même celle qui paraît la plus simple. C’est de la musique qui s’écoute avec le coeur ».

Son officiel de Nivek extrait du projet Very Bad Tape Vol. 3 (2015)

Dans sa trilogie de courts albums intitulée « Very Bad Tape », Nivek entretient son personnage sombre. Au fil des morceaux, il égrène des références aux héros de son enfance, Batman et Son Goku : « Dans mon entourage, nous n’allions pas au catéchisme. Ce sont eux les dieux de ma génération », s’amuse-t-il. Dans l’une de ses chansons, il devient même le « Chevalier noir » (écouter ci-dessus) en référence à l’homme chauve-souris. Et pour cause, Nivek s’inspire beaucoup « des films pour écrire » comme l’Odyssée de Pi qui a abouti au morceau « L’Odyssée de Ni » (écouter ci-dessous) dans le dernier volet de ses « Very Bad Tape ».

Un rappeur « inconscient »

En raison d’un manque de volonté et de réelle opportunité, Nivek n’est affilié à aucun label. Mais il s’en accommode très bien : « Tant que je peux, je garde cette liberté. » À 18 ans, il n’a eu besoin de personne pour commencer à se produire seul sur scène. Le garçon est débrouillard.

Après l’obtention de son Bac sciences et technologies tertiaires (ancien bac STMG), il prend une année sabbatique avant de contracter un prêt étudiant pour financer son école de son à Montpellier. C’est là qu’il rencontre Juxebox. Entre deux-trois joints fumés dans leur chambre universitaire, ils se mettent à collaborer. « C’était n’importe quoi mais on avait faim de production », se remémore son ami beatmaker.

Son extrait de sa chaîne YouTube « Nivek Officiel » (2016)

Après cette formation de deux ans, Nivek revient sur ses terres. Il travaille dans une école primaire trois années en tant que surveillant. Ensuite, il réalise des missions d’intérim en préparation de commandes et en cuisine centrale afin de rembourser son crédit. Son enfance, il la passe dans une HLM. « Grandir autour de familles qui galèrent a un côté sinistre », témoigne-t-il. Cette atmosphère, dont il rend compte dans ses paroles, se ressent aussi dans ses clips et mélodies comme dans « Vie d’alloca » (écouter ci-dessus), son dernier morceau au double sens évocateur.

Clip extrait de sa chaîne YouTube (2013)

Pourtant fataliste sur le constat qu’il fait de la société, Nivek se définit comme un rappeur « inconscient ». « Je ne choisis pas toujours ce que j’écris, les idées viennent toutes seules, explique-t-il. Et d’ajouter : il faut être inconscient pour faire du rap, c’est tellement dur d’en vivre. » Chroniqueur à TV Tours après être passé deux années à Radio Béton, il gagne sa vie tant bien que mal. Et il a réussi, au gré de ses concerts, à se faire un nom en région Centre. Après son enfance dans « un quartier multiculturel » de Saint-Pierre-des-Corps, il a longtemps cherché sa place dans « cette société qui ne s’ouvre pas à l’autre ». Une chose est sûre : Nivek s’arrange pour rester un « Mec à part » (ci-dessus) comme le présume le titre de son morceau le plus écouté sur YouTube à ce jour.

Son extrait du compte SoundCloud « Aucard is not dead » (2016)

Maxime Buchot

Photo : Maxime Buchot

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