PUMP, l’absurdité façon Joseph David

« Un road movie absurde et burlesque » : ce sont les mots choisis par lesquels se présente PUMP, film expérimental diffusé en avant-première au Volapük de Tours, mercredi dernier. Son réalisateur (et acteur principal) Joseph David était là pour l’occasion. Ca tombe bien, nous aussi.


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Difficile de résumer un tel projet en quelques lignes. PUMP, c’est avant tout une idée excentrique sur une installation qui ne l’est pas moins : la voie d’essai de l’Aérotrain d’Orléans. Ligne de type monorail achevée en 1969, elle a notamment accueilli l’I80-HV, auteur du record mondial de vitesse sur rail : 430,4 km/h atteints le 5 mars 1974. Pensée pour l’établissement d’une liaison jusqu’à Paris, elle sera finalement laissée à l’abandon. Orléanais de naissance, Joseph David a grandi avec cet intrigant objet de 18 kilomètres de long à proximité de chez lui.

Les années passent, l’enfant devient homme puis artiste – il sera diplômé du Studio national des arts contemporains en 2008. Et puis, un jour : « Tout est parti d’une image que j’ai eu en voyant le viaduc, nous explique-t-il. J’y ai imaginé deux hommes en train de pomper. En arrivant à mon école j’ai raconté l’anecdote à Andrew [Kötting, réalisateur britannique qui l’épaule dans son road movie, NDLR]. Il m’a dit que c’était chouette, qu’il fallait développer ». Nous étions alors en 2008. « J’ai commencé à l’écrire, puis j’ai raconté à Andrew où j’en étais et il m’a conseillé de foncer, d’en faire un film. Un jour, en déconnant, je lui ai proposé : ‘Si je trouve les financements, t’es prêt à venir pomper avec moi ?’. C’est comme ça que tout a commencé ». Tout simplement.

Une création de ce genre nécessite moyens et parrainages. Produit par la société tourangelle L’image d’après, PUMP puise son énergie dans une dynamique locale et humaine. Il reçoit notamment le soutien de la Région Centre, de la DRAC Centre-Val de Loire, de l’IFMA, du Fresnoy, du Centre national du cinéma & de l’image animée (CNC), du Ciclic ou encore de l’organisation SmartBE. Sa concrétisation est aussi due à des fonds (plus de 10 000 euros !) collectés via la plateforme Ulule. Après de longues années de travail et d’ultimes retouches réalisées le matin même, il a été présenté au public du Volapük le mercredi 19 octobre.

© Joseph David
What else ? © Joseph David

En bonne compagnie

À l’écran, les complices Joseph et Andrew sont accompagnés d’une certaine Albertine. « C’est le troisième personnage du film ! s’enthousiasme le réalisateur. S’agissant de la nacelle métallique où ils vont effectuer leur voyage, la protagoniste prend la forme d’une machine. « C’est une draisine à bras, comme les anciennes draisines des chemins de fer où il faut pomper pour avancer. Un personnage mécanique donc, mais aussi un objet hybride car c’est à la fois un plateau de tournage et un lieu de vie. »

Lieu de vie oui, car le duo ne quitte son Albertine que pour déblayer la voie lorsque la végétation – parfois trop dense – bloque le passage. « Le film a vraiment été pensé comme une performance, confirme-t-il, parce que le soir on ne rentre pas à l’hôtel pour dormir. On a passé cinq jours à vivre sur la draisine. C’est aussi un moyen de locomotion, il faut pomper pour avancer… mais à la vitesse de 3 km/h, donc très lentement. »

 »À la vitesse où on va, on a le temps de voir le décor ! » ironise Joseph dès ses premières minutes de trajet. Et après tout, pourquoi pas ? « Une absurdité est créée par rapport à la vitesse, complète-t-il à notre micro. C’est ce que l’on voulait exploiter, car l’aérotrain était prévu pour aller à plus de 400 km/h alors que nous avançons à 3 km/h. Un choc se fait, car tous les gens – enfin surtout les locaux – connaissent cette histoire ». « L’autre choc visuel, poursuit-il, c’est que la draisine est souvent filmée parallèle à l’horizon. Alors on voit la circulation, les voitures et les trains qui nous dépassent : ça permet d’accentuer l’absurdité du film. »

© Olivier Cousin / Joseph David
Pour le tournage, plus de 25 kilomètres ont été effectués sur la draisine © Olivier Cousin / Joseph David

L’absurde pour combattre l’existence

Si l’oeuvre est orientée sur l’absurdité de la vie, vient s’y coupler une partie du vécu de l’artiste. Car oui, J. David a aussi mis un morceau de lui-même dans l’intrigue. « Pendant un moment de ma vie le quotidien était une horreur, et répéter les choses était devenu un effort sans fin. Au départ le film est une adaptation libre du mythe de Sisyphe, mais vu par Albert Camus. À la fin il dit qu’il faut imaginer Sisyphe heureux, il pose la question : Pourquoi ne s’est-il pas suicidé après sa condamnation ? »

Réfléchi il y a 8 ans, PUMP  a failli ne jamais voir le jour. Son géniteur a eu à affronter une épreuve encore plus terrible que tous ces kilomètres de pompage : le cancer. Une période à laquelle le film fait référence, d’abord implicitement puis de manière plus concrète . Pour vaincre, Joseph a trouvé son remède et il le dit avec éloquence : l’absurdité. «  L’absurdité est une manière de lutter contre la vie. Créer quelque chose d’absurde par l’acte artistique ». Comme pomper à 3 km/h sur un viaduc ? « Comme pomper à 3 km/h sur un viaduc. »

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© Martin Esposito

Si son oeuvre transpire d’un mélange d’Eugène Ionesco et de Monty Python, le natif d’Orléans prend le temps de la réflexion lorsque lui est posée la question de ses influences. « Oulah, euh… Il y en a beaucoup ! (rires). Déjà il y a le cinéma d’Andrew Kötting, qui est extraordinaire. Je l’ai découvert quand j’étais au Fresnoy. J’aime également le cinéma de Jacques Tati, très burlesque, mais je ne suis pas ancré dans un médium particulier. À l’origine je viens des arts plastiques, donc tous les médiums sont importants : aussi bien le dessin que la danse, la musique, etc. »

PUMP terminé, quel est désormais le programme de Joseph David ? « Je pense à un film qui devrait se passer à Berlin, sur une anecdote en rapport avec l’histoire de l’art, confie-t-il. En Allemagne, pendant la Seconde Guerre mondiale, énormément de toiles de grands maîtres ont brûlées dans un bunker. Je veux faire quelque chose à propos de ces œuvres disparues, mais c’est un énorme projet qui demande de grosses subventions. C’en est au stade de brouillon, donc ce sera dans quelques années le temps que je l’écrive et trouve des financements.

Dans l’immédiat, il voit moins gros : « Pour l’instant je me recentre sur des choses plus petites, des courts métrages d’une vingtaine de minutes ». En attendant, le réalisateur a rendez-vous avec son public le 9 novembre prochain à Bourges (18). Son film y sera diffusé à 18h au Théâtre Jacques Coeur, dans le cadre des Rencontres Bandits-Mages. Pour les intéressés, c’est par ici.

PUMP, la critique :

En une heure, PUMP propose un scénario en crescendo et assez surprenant. Avec un démarrage proche d’un docu-immersion type France 5, il monte en rythme au fil des minutes, menant presque à la crise d’épilepsie. Joseph David nous présente là un mix inattendu entre introspection et road-trip,. Un décalage fort subsiste entre les idées que l’on peut avoir sur cette réalisation, a priori comme a posteriori.

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© Joseph David

La qualité des images est différente selon les plans et cela nuit à la crédibilité du film. Quand les plans d’ensemble jouent sur une grande profondeur de champ(s) et des jeux de lumière, les plans rapprochés manquent de punch et de réalisme. Reconnu sans véritable scénario par son auteur, PUMP se retrouve parfois sans rien. L’absence de textes précis mènent à la confusion. Et c’est vraiment dommage même si ça ne fait pas tâche, surtout face à des scènes plus travaillées également présentes dans ce moyen métrage.

PUMP n’est pas à montrer à tout le monde car pas forcément accessible et compréhensible. Mais il repose sur une certaine alchimie qui n’est pas désagréable, et c’est un peu ce que l’on recherche. PUMP est une bonne première esquisse de la part de Joseph David. Espérons que son imagination pour les années à venir sera aussi grande que le viaduc de l’Aérotrain.

Daryl RAMADIER et Martin ESPOSITO

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