Au PS, dernière ligne droite pour rassembler

CARNET DE CAMPAGNE. Manuel Valls, Jean-Christophe Cambadélis et consorts ont appelé au rassemblement de la gauche depuis le Centre international des congrès de Tours. La sixième Université de l’engagement de la Belle alliance populaire s’y déroulait ce samedi 22 octobre.


La Belle alliance populaire : c’est le rêve ultime de la gauche mais aussi le nom de ce rassemblement politique créé de toute pièce il y a six mois par le Premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis. Elle a pour but de rassembler la gauche quelles que soient les mouvances : socialistes, frondeurs, radicaux, écologistes, pour faire remonter un socialiste sur le trône en 2017. Elle ne devrait concerner en réalité qu’une partie infinitésimale de la gauche, pro-gouvernementale.

Eux seuls pourront participer à la primaire socialiste de 2017. L’objectif numéro un étant de réunir l’ensemble des courants et sensibilités socialistes, ces universités de l’engagement ont déjà voyagé du côté de Lille pour faire coucou à Martine Aubry, puis à Lyon pour aller voir Gérard Collomb, soutien d’Emmanuel Macron.

Une belle alliance de façade

Cette fois, l’Indre-et-Loire étant considérée comme la chasse gardée du député frondeur, Laurent Baumel, la tâche n’était pas moins complexe. C’est d’ailleurs Francis Gérard, Premier secrétaire fédéral d’Indre-et-Loire et proche du député, qui a ouvert ce meeting et installé un léger malaise dans la salle. Même s’il n’a pas souhaité s’étendre sur les confidences médiatiques de François Hollande, il lui a presque imposé de « se positionner très vite quant à sa candidature en 2017, pour développer un programme crédible ».

Quelques minutes plus tard, c’était au tour d’Emmanuelle Cosse de prendre la parole pour défendre le bilan du gouvernement auquel elle appartient depuis le dernier remaniement ministériel. Il était difficile de ne pas voir, à travers elle, la rudesse dudit rassemblement porté par cette gauche. Pour rappel, le 11 février, « Emma », comme l’appelle ses nouveaux compagnons de fortune, quittait le poste de Secrétaire national d’Europe-Écologie-Les-Verts. Elle claquait, par là même, la porte du parti pour devenir Ministre du Logement et de l’Habitat durable consommant la rupture entre son parti et le gouvernement. La cause ? « Les frontières se troublent entre écologie et gauche contestataire », a-t-elle réaffirmée. Cécile Duflot avait ouvert la brèche en quittant ce même poste en 2014. Emmanuelle Cosse, elle, a fait le choix « d’arrêter de tomber dans la facilité du dénigrement de notre propre camp ».

La gauche, seul bloc républicain

Après le discours musclé de Jean-Christophe Cambadélis contre le « national populisme ambiant en Europe » et « la droite qui a abandonné son combat républicain », la barre était très haute pour Manuel Valls. Le Premier ministre a distribué les bons points, tour à tour, aux membres du gouvernement. Difficile donc de savoir s’il était présent en tant que futur candidat de la primaire socialiste ou en lieutenant de François Hollande. En tout cas, il a appelé à « réagir pour ne pas subir et ne pas être humilié en 2017 », tout en n’omettant pas de revenir sur le manque de résultats du gouvernement. Comme sur l’échec de la lutte contre le chômage, qu’il justifie en disant qu’ils ne « pouvaient pas tout régler en cinq ans ».

En amont, Jean-Christophe Cambadélis n’avait pas manqué de rappeler que « les gauches étaient irréconciliables depuis le congrès de Tours ». En décembre 1920, cette réunion historique avait cristallisé la scission entre les futurs Parti communiste et socialiste. Finalement, le leitmotiv de la soirée était donné. Pour « éviter l’effacement de la gauche », il faut « en être fier » et « se rassembler dans les moments décisifs comme la gauche a toujours su le faire ».

Le front anti-Juppé est lancé

En plus du cheval de bataille de la gauche depuis plusieurs années : se placer comme la seule alternative aux extrêmes, les déclarations contre la droite n’ont pas tardé à se faire jour. La stratégie de 2017 semble être claire. Taper sur Alain Juppé dans l’espoir de le voir se casser les dents face à Nicolas Sarkozy lors de la primaire de la droite et du centre. Selon les sondages, la gauche retrouverait ses chances dans ce cas de figure. Jean-Christophe Cambadélis a mentionné le maire de Bordeaux comme « l’homme jeune tant attendu » et en a profité pour revenir sur son passé et son ancienne impopularité. Aujourd’hui, celui-ci serait « trop au centre pour la droite identitaire et trop à droite pour toute la gauche », d’après le Premier secrétaire du Parti socialiste.

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Jean-Christophe Cambadélis et le Parti socialiste se définissent comme « la seule alternative aux extrêmes ».

Mais c’est bien l’ensemble du « programme de la grande suppression » de la droite qui a été fustigé par Jean-Christophe Cambadélis. Tous les candidats à la primaire de la droite et du centre étant favorables à la suppression de la retraite à 65 ans, de 300 000 fonctionnaires, de l’Impôt sur la fortune, de l’encadrement des loyers, de l’Aide médicale d’État et du non-cumul des mandats.

Nicolas Sarkozy en a aussi pris pour son grade. Sans le citer, Cambadélis s’est dit « effaré, étonné et abasourdi de voir la droite française chercher des réponses extrémistes ». Puis, en le nommant : « Nicolas Sarkozy, avec son style inimitable, a emporté l’ensemble de la droite à l’extrême droite. » Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur de ce monde disait Albert Camus.

Maxime Buchot

Photos : Martin Esposito

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