Lanceur d’alertes oui, mais à quel prix ?

Malgré leur « acte héroïque » consistant à révéler des informations capitales que beaucoup aimeraient garder secrètes, les lanceurs d’alerte n’ont toujours pas de statut reconnu par la loi. Ainsi, les employeurs n’hésitent pas à les traîner en justice, voire les licencier, afin de les épuiser psychologiquement et financièrement.


Pour établir l’état des lieux, les préconisations et les actions à venir sur ces pratiques, six invités prenaient place dans l’auditorium Descartes du Vinci, à l’occasion des Assises Internationales du Journalisme :

  • Amaëlle Guiton, journaliste à Libération et France Inter
  • Patrick Apel-Muller, directeur de la rédaction de l’Humanité
  • Rémy Garnier, lanceur d’alerte de l’affaire Cahuzac
  • Stéphanie Gibaud, lanceuse d’alerte de l’affaire UBS
  • Eloïse Lebourg, journaliste et gérante de Médiacoop
  • Corinne Lepage, président du Rassemblement Citoyen – Cap 21 et avocate

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Et symboliquement, c’est Rémy Garnier, à l’origine de l’affaire Cahuzac, qui prenait la parole, pour expliquer jusqu’où pouvait aller les procédures contre les lanceurs d’alertes. « Avant l’affaire Cahuzac, j’avais déjà dénoncé une quarantaine de dysfonctionnements, mais celle-ci, plus médiatisée, m’a coûté une suspension de deux ans de mes fonctions. Au final, c’est l’inverse qui se passe. Nous ne sommes pas récompensés mais accusés ! ». Rémy Garnier passe ses journées à remplir des documents pour la justice. « J’en suis à 321 pages de rapport rédigées, sans compter les 8 886 pièces annexes ». Mais ce qui le chagrine le plus, c’est que la justice ne semble pas de son côté. Il la qualifie de « lamentable ». « Je suis comparé à un délateur sous l’occupation nazie. Et lorsque je demande de l’aide au Ministère de la Justice, je ne reçois que des réponses négatives. Heureusement, beaucoup de journalistes me soutiennent ».

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Par contre, ce n’est pas le cas pour Stéphanie Gibaud, qui a fait récupérer 21 milliards à l’État français depuis sa dénonciation de l’affaire UBS. « Sans nous, vous n’auriez pas ces informations. Je n’ai pas ressenti un grand soutien des journalistes et du côté des avocats, c’est pire. De toute façon, on ne peut se défendre en France que si l’on est riche ! ». Celle qui a gagné 30 000 euros dans son procès l’an dernier a du en rembourser autant en frais d’avocat. « Je dois encore 10 000 euros alors que j’ai vécu une véritable descente aux enfers, allant de la rétrogradation aux harcèlements. Je me demande même si l’on est encore dans une démocratie au vu de l’abandon total de l’État ? Le pire c’est que certains pensent que je fais cela pour être médiatisée », s’insurge-t-elle.

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En réponse, l’avocate Corinne Lepage tente de rassurer, tant bien que mal, ses convives. « La situation n’est vraiment pas brillante. C’est pour cela que je réclame une couverture des lanceurs d’alertes, dans le public comme dans le privé, afin de garantir aucune sanction envers eux. Il faut une demande d’obligation dans la loi pour qu’ils ne puissent plus être poursuivis ».

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Du haut de son rôle de directeur de la rédaction de L’Humanité, Patrick Apel-Muller se range également du côté des lanceurs. « Ce sont des révélateurs de failles importantes dans la démocratie. Il faut faire tomber la loi sur le secret des affaires, pour permettre à l’ensemble des citoyens de pouvoir parler ». L’homme à la moustache soulève également un autre problème. « On estime qu’un quart des salariés sont poussés à pratiquer des actes délictueux et qu’un tiers a connaissance de comportements du genre. Chaque jour, nous recevons des dizaines d’alertes mais, faute de moyen, nous n’en traitons que deux ou trois. Le relais est insuffisant dans la presse ».

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La presse, c’est le truc d’Eloïse Lebourg. La dirigeante de Mediacoop tient à rappeler le lien étroit entre les journalistes et les lanceurs d’alertes. « Nous devons les aider. Ils sont dans leurs droits, ce sont des héros pour la société française, qui en payent le prix fort dans leurs vies. Et malgré ça, les entreprises gagnent systématiquement les procès même quand il y a des preuves contre elles ». Un cercle « affreux » qui, on l’espère, finira un jour.

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Photos et texte : Simon Bolle

SR: Simon Abraham

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