Agathe André : « Il faut une éducation au dessin »

Agathe André est journaliste de Charlie Hebdo et présidente de l’association Dessinez, Créez, Liberté. Celle-ci a pour but de regrouper les dessins des enfants et adolescents qui ont spontanément été envoyés à Charlie Hebdo en hommage aux victimes. Entretien sur cette association qui entreprend d’éduquer les enfants au dessin de presse en luttant notamment contre les théories du complot.


Quel a été votre sentiment en recevant ces nombreux dessins ?

Cela nous a vraiment fait beaucoup de bien. Nous étions plongés dans un immense chagrin. Ces dessins nous ont donné envie de continuer. Nous nous sommes dit que la relève était là, que la jeunesse comprenait ce qu’il venait se dérouler. Il fallait en faire quelque chose. C’est pour cela qu’on a créé des outils pour que la jeunesse parle à la jeunesse.

Est-ce que vous vous y attendiez ?

Pas du tout. Nous imaginions plutôt recevoir des messages de soutien mais pas autant de dessins. Finalement, je pense que le dessin est une pulsion primaire. C’est la première chose que l’on fait pour dire le monde et c’est ce qu’il s’est passé. J’avais travaillé à Charlie Hebdo de 2004 à 2010. Quand il y a eu le 7 janvier je n’ai pas pu faire autrement que d’y retourner. Charlie c’est comme une grande famille même si comme dans chaque famille il nous arrivait de nous engueuler. Pour l’instant je me suis plutôt engagée à apporter mon énergie pour #Jedessine même si j’écris des billets de temps en temps pour le site de Charlie.

Il y a d’ailleurs l’exposition #Jedessine organisée par votre association qui fait une halte aux Assises du Journalisme, comment s’est-elle mise en place ?

C’est un projet de longue haleine porté par notre association Dessinez, Créez, Liberté et en partenariat avec SOS Racisme. L’exposition se déplace dans toute la France avec des intervenants qui encadrent les enfants. Il y a également des interventions en classe à partir de certains dessins reçus que l’on voit dans l’exposition. C’est important que l’exposition tourne et que les dessins tournent dans les classes. Je suis persuadée qu’il faut une éducation au dessin. Il faut apprendre à lire un dessin de presse, apprendre à lire la caricature car c’est cette ignorance là qui a tué nos camarades de Charlie.

« Si nous allons au bout de la logique des conspirationnistes, il n’y a plus aucune réponse à rien »

Vous étiez intervenante lors de la conférence de mercredi sur la lutte contre les conspirationnistes, aidez-vous également les enseignants à lutter contrer les théories du complot ?

Nous essayons de mettre en place des outils pour travailler sur les théories du complot avec les jeunes de n’importe quel âge. Nous essayons de démontrer avec eux les techniques utilisées par les conspirationnistes, leurs profils. Nous nous évertuons à démontrer que le conspirationniste a besoin d’un monde où tout est expliqué. Il fait en sorte que vous n’ayez plus d’esprit critique. Quand il y a plusieurs théories pour expliquer plusieurs choses, c’est souvent la plus simple qui est la plus probable. Si nous allons au bout de la logique des conspirationnistes, nous arrivons à un énorme gloubi-boulga où il n’y a plus aucune réponse à rien. Je vais citer Rudy Reichstadt, le fondateur de l’Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot qui dit que le complotiste est celui qui doute de tout pour ne plus douter de rien, pour ne plus douter du tout.

Est-ce possible de combattre les théories du complot par un dessin ?

J’en suis persuadée. Je pense que quelqu’un comme Charb, Cabu, Tignous ou Honoré l’aurait très bien fait. Nous allons demander à Riss, Coco ou Juin de faire un dessin comme cela peut-être. Nous allons répondre à ce challenge en leur demandant un dessin qui répond à la théorie du complot (rires).

Que pouvons-nous vous souhaiter pour la suite ?

C’est un rêve vain mais ce qui m’a motivé à prendre en main ce projet là c’est le fait d’espérer qu’il n’y ait plus jamais de français comme les frères Kouachi ou ceux qui ont fomenté les attentats du 13 novembre. J’aimerais que ces gens là disparaissent. J’aspire à un monde de paix tout simplement.

Crédit photo : Simon Bolle

Propos recueillis par Maxime Buchot

 

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