Vital Heynen, entraîneur du TVB : « Je suis un dominateur »

À 46 ans, l’entraîneur du Tours Volley-Ball offre, depuis décembre, une seconde jeunesse au club. Mais pas à n’importe quel prix pour ses joueurs… Un caractère bien trempé qu’assume le philosophe du volley.


PORTRAIT. Il est 14 heures. Vital Heynen semble pressé. Il se présente vêtu du survêtement à l’effigie du TVB. La journée est chargée, comme souvent. « Désolé, je suis fatigué. Un match tous les trois jours, c’est trop. Autant pour les joueurs que pour moi. » Vital Heynen emploie des mots posés, pesés. Tout lui réussi. Il y a trois mois, il a repris l’équipe, alors 12e au classement général. Depuis, il en a fait un poids lourd, qui pointe, aujourd’hui, à la deuxième place. La « méthode Heynen » ? Le chef d’orchestre s’en défend. « Tout le monde a sa propre technique. Certains utilisent le mot authenticité. Moi, je le déteste. »

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On reconnaît l’homme en tout point. À ses gestes, qu’il a nombreux, amples et efficaces. À ses déplacements, fréquents et souvent circulaires. À son attitude. Le belge se retrouve prostré au bord du terrain. À son sifflet, qui rythme le jeu. À sa voix, qui ressasse, en anglais, les points et les techniques avec son intransigeant « Come on guys ! ». Debout, toujours il est. « Rester sur un siège, c’est impossible pour moi. » Aucun compliment à l’horizon. Ce n’est pas sa nature. Sur le terrain d’entraînement, c’est une imposante silhouette pétrissant un ballon de volley et donnant calmement des consignes. Il rit, il plaisante. Il s’amuse presque. Le brouhaha des joueurs résonne davantage que la voix assurée du belge. Etonnant pour cet homme réputé « grande gueule ».

« Je suis un dominateur. Je n’aime pas les ordres. »

Comme joueur, il a compté parmi les plus grands. Mais entraîner ne l’intéressait pas. Pas plus qu’une reconversion professionnelle. « Mon club belge m’a proposé un contrat d’entraîneur adjoint. J’ai accepté sans grande conviction. » Adjoint. Le mot le dérange. Car oui, Vital Heynen aime diriger. Et il l’assume : « Je suis un dominateur. Je n’aime pas les ordres. » Dix années plus tard, il est considéré comme l’un des meilleurs entraîneurs du monde. Turquie, Allemagne, Belgique, Pologne, France, c’est un crooner des terrains.
Il peine, parfois, à trouver ses mots. Mais son français est plus que convenable. Tout comme son anglais, son allemand, son turc ou son polonais. Car oui, il est polyglotte. « Apprendre des langues ne me fait pas peur. » Cette pugnacité, on la retrouve aussi dans sa façon d’entraîner.

Quand il s’engage, c’est pour atteindre des sommets. « J’aime le défi sportif. Quand une équipe est en manque de résultats, j’aime intervenir. » Il ne descend pas d’une famille de volleyeurs, d’un pays adepte de ce sport ou d’un milieu aisé. Non, Vital Heynen ne descend pas, il monte sans cesse.

« Quand nous perdons, je ne dors pas de la nuit »

Vital, ce n’est pas n’importe quel type, qui prolonge sa vie dans le sport. Lui, il est exalté. Il aime gueuler. Donner de la voix. Il est assez malin pour réfléchir à ses paroles, même sous l’emprise de la colère. Mais, parfois, c’est plus fort que lui : « Je me dis que je dois laisser suivre mes émotions. Il y a des fautes acceptables, d’autres non. » Vital n’a pas d’états d’âme. Il n’hésite pas à cracher les mots. Ceux qui font mal, qui touchent, qui prennent aux tripes. « Quand je suis fâché, le joueur retient mon expression. Et ça a une influence sur l’action qui suit. » L’équipe entière lui est dévouée. Pas un mot plus haut que l’autre. Ici, le chef c’est lui. Personne d’autre. « On dit que je suis autoritaire, mais en fait, j’écoute beaucoup. Je demande aux joueurs de s’exprimer, je discute, et à la fin je décide. » Et ça ne bronche pas. Ce que Hubert Henno, libéro qui ne compte pas moins de 237 sélections en équipe nationale, confirme : « Nous devons le respecter. Il nous apprend beaucoup. »

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Hubert Henno : « Nous devons respecter Vital Heynen. Il nous apprend beaucoup. »

À écouter les joueurs, l’homme est gueulard, exigeant et travailleur. Certes, il est réputé pour ses colères, mais c’est aussi un bourreau de travail. Il maîtrise chaque système de jeux. Il visionne les matchs des adversaires et analyse leurs attaques. Mais pas que. Sa fille aînée, Laura, explique que son père « lit même lorsqu’il se rend aux entrainements. » Un investissement que les joueurs apprécient.Il n’aime que le volley qui gagne. « Quand nous perdons, je ne dors pas de la nuit. » Professionnel. Honnête. Dévoué.

Et la suite ? Après avoir brillé sur la scène européenne, l’entraîneur tourangeau se verrait bien sur le banc italien. Une terre d’excellence pour les entraîneurs, selon lui. L’homme ne manque pas de franchise et de lucidité. « Vivre sans volley, c’est possible. Mais vivre sans passion, c’est impossible. » 

Mary Sohier

Photos : Simon Bolle, pour l’Accroche

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